Notes sur les ROAD TRIPS
Et ce qu'ils peuvent nous enseigner sur l'intensité, la créativité,
et la construction de quelque chose d'entièrement nouveau.
AVANT-PROPOS
Les valeurs d'entreprise me mettent mal à l'aise. C'est probablement pour ça qu'il m'a fallu si longtemps pour les coucher sur papier.
C'est spécifiquement le vide et l'aspect prescriptif qui me dérangent. L'ego de dire à quelqu'un d'autre comment se présenter, comment faire ce qu'il fait, et le risque de cynisme si tu ne trouves pas exactement les bons mots.
On construit une entreprise après tout, pas une idéologie. Qu'y a-t-il alors à demander les uns aux autres au-delà de "travaille dur et traite les autres correctement."
Et pourtant, après deux ans de fausses départs à mettre tout ça par écrit, me voilà, la main sur le cœur, convaincu que c'est en fait un exercice qui en vaut la peine. Parce qu'en deux ans depuis le lancement de TANSE, et aujourd'hui en regardant l'équipe qu'on construit, il est évident qu'il y a quelque chose de collectivement spécial et unique chez vous tous — une certaine sensibilité partagée.
Et parce que je suis toujours mal à l'aise de parler de valeurs d'entreprise, on va le faire en parlant de quelque chose de complètement différent. On va parler de Road Trips.
ARRIVE AVEC UNE INTENSITÉ SINCÈRE
1. Mon premier road trip, c'était un road trip familial. Enfin, ma version à moi. Été 2023, j'avais 20 ans, je venais de fermer Dune, ma troisième startup. Échec complet. Les régulateurs français nous avaient tués avec leurs exigences de certification à 100k€.
Mais pour comprendre pourquoi j'ai pris la route vers SF cet été-là, il faut remonter 5 ans en arrière.
2. À 17 ans, j'ai lancé mon premier business e-commerce. Dropshipping, Amazon FBA, le package classique quoi. J'ai connu deux succès. Vraiment réussis. De l'argent qui rentre, des marges qui tiennent, des process qui tournent.
Mais au bout de 12 mois, quelque chose s'est éteint. Cette intensité qui me faisait bosser jusqu'à 3h du mat' à optimiser des listings, disparue. Je créais plus de valeur, je bougeais juste des produits de Chine vers l'Europe. Aucune innovation. Aucun impact.
J'ai tout arrêté.
3. Puis Kolekt. Une app de mise en relation entre agences de location de voitures de luxe et consommateurs. Là, c'était différent. On créait de la valeur réelle : démocratiser l'accès aux Ferrari, Lamborghini, pour des mecs qui rêvaient de les conduire le temps d'un weekend.
Le problème ? La boîte a connu un succès beaucoup trop rapide, on n'a pas su tenir en laisse une entreprise qui subit un tel bond de croissance pendant 8 mois.
4. Ensuite Dune. Fintech. Encore un autre marché. Et encore un échec, mais cette fois pour des raisons réglementaires.
2 startups. Trois échecs (si on compte l'e-com qui marchait mais que j'ai quitté).
Pattern évident : je cherchais l'intensité sincère sans savoir exactement où elle vivait.
5. Alors cet été 2023, j'ai pris la route. Pas métaphoriquement. Littéralement. San Francisco, seul, un Airbnb pourri dans le Tenderloin, et une obsession qui tournait en boucle : comprendre ce que je devais vraiment construire.
J'aurais pu rentrer dans le moule. CDI, sécurité sociale, tout le package. Mais quelque chose refusait de capituler.
6. Admittedly, au début, la valeur du 'Road Trip' m'échappait totalement. C'est-à-dire, les mérites de se retrouver coincé dans le trafic de Market Street plutôt que d'autres modes de vie qui t'amènent quelque part en deux fois moins de temps.
Confiné dans un studio de 20m², je passais mes journées à marcher. Pacific Heights, Mission, Haight-Ashbury. Des heures à observer. Les bureaux de startups. Les cafés remplis de fondateurs. Cette énergie.
Et périodiquement, mon père m'appelait depuis Paris, écoutant mes voicemails pas très enjoués, et me disait au téléphone : "T'es toujours en train de broyer du noir !? Tu vas dans la ville la plus excitante du monde et tu déprimes !? Allez, mec ! C'est ça, vivre !"
J'aime penser que c'était sa 'passion pour la route' qui parlait.
7. Pour moi à SF, ça ressemblait à du Black Coffee dans les oreilles et un sac plein de notes Apple. Aussi, m'arrêter dans huit cafés entre SOMA et Castro pour craquer le secret de comment ces mecs levaient des millions avec juste un pitch deck.
Mais surtout, j'observais comment les gens cherchaient l'information.
Un matin au Sightglass Coffee, j'ai vu un founder demander à ChatGPT : "What are the best growth agencies in SF?"
ChatGPT a craché 5 noms. Agences jamais vues sur Google. Mais présentes dans des discussions Reddit, des podcasts transcrits, des articles Medium.
8. Les moteurs de recherche IA ne fonctionnent pas comme Google.
Google = crawl + keywords + backlinks + PageRank.
ChatGPT/Claude/Perplexity = embeddings sémantiques + RAG + context windows + citations, et plein d'autres choses un peu complexes…
Tout le SEO classique, pas adapté pour l'IA.
Et personne — PERSONNE — ne construisait pour ça.
9. C'est là qu'est née TANSE. Pas comme une agence SEO de plus. Mais comme un lab de R&D sur les moteurs de recherche IA.
Notre obsession : comprendre comment les LLMs rangent, récupèrent, et citent l'information. Comment les embeddings vectoriels encodent le sens. Comment les retrieval systems priorisent les sources.
On a passé 6 mois en 2024 à démonter :
- L'architecture RAG de ChatGPT
- Les systèmes de citation de Claude
- Les algorithmes de ranking de Perplexity
- Les context windows et leurs limites
Puis on a construit nos propres outils :
GEO Score Analyzer — scanne ton contenu et prédit ta probabilité d'apparition dans les réponses IA (0-100 score).
Citation Tracker — monitore en temps réel combien de fois ton brand est cité par les LLMs, pour quelles queries, dans quel contexte.
Intent Mapping Tool — map les intentions de recherche spécifiques à ton industrie et génère le contenu optimisé pour trigger les citations.
10. TANSE existe pour résoudre un problème fondamental : la visibilité n'est plus du marketing, c'est de l'infrastructure.
Les meilleurs produits du monde échouent parce qu'ils sont invisibles sur les nouveaux canaux de découverte.
Les pires réussissent parce qu'ils dominent.
C'est une injustice que je refuse d'accepter.
Cette chose qui vous pousse tous à
obséder sur les détails que les autres
négligent, et le faire avec gusto —
c'est ça l'intensité sincère.
COMMENCE PAR "ET SI...?"
1. L'image que je veux que vous conjuriez maintenant, c'est moi, assis dans un café sur Valencia Street, avec les bras et les doigts étirés à me battre avec Google Maps sur mon iPhone.
Il y a une philosophie dans ma famille, non-dite mais qui se fait connaître souvent et perceptiblement dans des moments comme ceux-ci, par exemple, le refus collectif de s'en remettre à Google Maps.
Le problème étant que Google Maps a une directive singulière : le chemin le plus rapide du Point A au Point B. Ce qui est tout à fait bien et bon la plupart du temps, sauf qu'aujourd'hui j'avais un autre mandat en tête : trouver le meilleur burrito Mission-style au nord de la 24th Street — l'Interstate 101 ne suffirait tout simplement pas.
2. Je faisais ça périodiquement : dévier de l'autoroute et chercher une route alternative. Comme avec les burritos, généralement quand il y avait plus à gagner ou à voir (ou à manger), que juste une arrivée rapide à la destination.
Je préférais ça comme ça. Parce que voyager, sans au moins la possibilité de sortir du chemin principal, vole à l'expérience quelque chose de si fondamental que ça la transforme en quelque chose d'entièrement autre.
Ça nous transforme en touristes, coincés à jamais dans le connu, le familier, et le confortable.
3. Comment alors — en voyageant, mais aussi dans notre travail — ne pas être des 'touristes' ? Comment dépasser l'inertie des mêmes autoroutes et routes sans fin via Google Maps ? Savoir quand chercher une route alternative, intellectuellement parlant, avec à la fois l'audace d'aller loin et large dans notre réflexion, et l'humilité de ramener ce qu'on y trouve là-bas.
4. Pour nous, pour une fois, je pense que la réponse est vraiment très prescriptive. Avant de t'attaquer à quoi que ce soit, tu fais une pause et tu demandes "et si...?"
Crée l'espace nécessaire pour briser cette quotidienneté et appuie dessus un moment. Vraiment appuie. Vas-y, rêve un peu. Ou comme le dit Toni Morrison : "Rêve d'abord, puis réfléchis."
Et va dans des endroits différents avec tes rêves. Puise ailleurs, l'objectif étant d'apporter un sens de multidimensionnalité à ce qu'on fait et comment on le fait.
Juste parce que quelque chose est,
ne signifie pas qu'il doit être,
et certainement pas qu'il est juste.
ASSUME QUE TU NE SAIS PAS
1. Que ce soit un ami ou un membre de la famille, on connaît tous cette personne. Celle qu'on aime et avec qui on aime être — la plupart du temps, mais bon Dieu qu'on se retrouve en road trip avec elle.
Parce que voyager, pour une raison quelconque, fait ressortir le pire chez eux. C'est généralement une combinaison de 'refus de vivre avec l'ambiguïté' aux côtés de 'refus d'admettre qu'ils ont tort' qui rend leur compagnie franchement pas fun.
Mais c'est OK. Tous les amis ne sont pas des amis de road trip.
2. En contraste, il y a ceux qui 's'animent' quand ils sont 'sur la route.' Ou si on y pense dans le contexte de notre travail, qui sont au meilleur d'eux-mêmes face au canon de la nouveauté et de l'ambiguïté, de grandes questions avec des réponses multi-variables.
6. Ce que je veux dire c'est un calcul qui dit 'Plus tu fais de virages, mieux c'est, plus tu parles aux gens, mieux c'est.'
Mais ce n'est vraiment pas un calcul du tout, c'est une disposition et une posture. Une qui a une relentlessness sincère. Aussi un sens de l'excitation, particulièrement pour la découverte. Qui dit "il y a tellement à découvrir, et je serai damné si je ne comprends pas tout."
Tu valorises et respectes leur opinion
et tu le leur fais savoir, reconnaissant
que tu n'irais nulle part sans eux.
TU RÉPONDS DE L'ÉQUIPE
1. Mon grand-père aimait raconter l'histoire de quand il a traversé le Sahara en 1975 avec deux collègues. Ils étaient géologues, cherchaient des gisements pour une compagnie pétrolière.
Milieu du désert, leur Land Rover tombe en panne. Transmission morte. Ils sont à 200km du prochain checkpoint, pas de radio, eau pour 3 jours.
Mon grand-père raconte : "On aurait pu paniquer. Pointer du doigt. 'C'est qui qui a oublié de checker l'huile ?' Mais à la place, Ahmed (le mécanicien local) a dit : 'Quand on explore ensemble, on répond les uns des autres. Pas de blame. Juste des solutions.'"
2. Ils ont passé 2 jours sous 45°C à démonter la transmission avec des outils de fortune. Ahmed a recalibré les pièces avec du sable comme abrasif. Mon grand-père a rationné l'eau. Le troisième gars a navigué vers le checkpoint à pied pendant 12 heures pour ramener des secours.
Ils s'en sont sortis. Parce qu'aucun n'a joué perso. Tous ont donné leur expertise max pour le collectif.
3. Le point de cette histoire n'est pas de s'accrocher à l'équivalent corporate de crever une transmission au milieu du Sahara. Le point, et pourquoi j'aime cette histoire, c'est qu'elle touche à l'interconnexion d'explorer avec d'autres personnes. Ou dans notre cas, la proximité qui vient avec construire quelque chose de nouveau ensemble.
Ça nécessite un type spécifique d'ownership. Un dans lequel ta priorité numéro un est le collectif encore plus que ton propre travail. C'est-à-dire, rendre les autres meilleurs. Pas au détriment de ton propre travail, mais avec l'esprit qu'une marée montante soulève tous les bateaux. Ce n'est pas un jeu à somme nulle.
Ton impératif est de le découvrir,
puis de les mettre au volant et quand
c'est le moment, d'appuyer sur l'accélérateur.
FAIS-LES RESSENTIR QUELQUE CHOSE
1. On a beaucoup parlé de road trips et comment les road trips se rapportent à toutes les choses qu'on fait ici : l'importance d'arriver avec intensité sincère. Comment mettre de côté les attentes pour pouvoir jeter ton filet loin et large dans les routes que tu empruntes. Et ce que ça signifie de faire toutes ces choses aux côtés des gens avec qui tu voyages, pour qu'à la fin de la route, ce que vous avez construit ensemble soit plus grand que la somme de ses parties.
2. Mais même si tu as fait tout ça, comment tu sais si tu l'as bien fait ? Ou pour être moins prescriptif, bien fait pour la chose ?
Les road trips manquent de ponctuation, ce qui les rend particulièrement difficiles à évaluer formellement. C'est toujours vers le suivant.
4. Ce qui compte le plus, c'est que tu as ressenti quelque chose. C'est ce que je pense.
À combien d'occasions et dans quelle mesure as-tu vu, expérimenté, ou été témoin d'une chose qui t'a fait te sentir indéniablement vivant.
6. Quand on construit un service, c'est une opportunité de faire ressentir quelque chose aux gens.
Ça n'a pas besoin d'être quelque chose de majeur. Je pense pas qu'on compétitionne jamais avec les levers de soleil du désert. Juste qu'on pourrait leur apporter, ou réaliser quelque chose qu'ils ne voyaient pas avant.
Tellement d'entre vous font déjà ça, souvent dans les détails. Vous laissez vos empreintes digitales derrière, pour qu'ils sachent que c'était fait par une autre personne et que cette personne s'en souciait.
Ça peut être fun. Ça peut être joueur.
À la fois pour ce que c'est et ce que ça
te permet de faire. Tellement qu'on peut
se sentir chez soi dedans.
CONCLUSION
Ces cinq principes — intensité sincère, "et si", assume que tu ne sais pas, responsable de l'équipe, fais-les ressentir quelque chose — ne sont pas des règles rigides.
Ce sont des observations de ce qui a marché jusqu'ici. De ce qui nous a permis de passer de zéro à la première agence GEO de France en 18 mois.
Mais surtout, ce sont des rappels de pourquoi on fait ça.
Pas juste pour l'argent (même si oui, objectif 100k€/mois d'ici fin 2026).
Pas juste pour la reconnaissance (même si oui, être pionnier c'est cool).
Mais parce qu'on a l'opportunité rare de construire quelque chose qui n'existait pas avant. De tracer de nouvelles routes. D'aider des entreprises à être visibles dans un monde où la visibilité devient de l'infrastructure.
Et on peut le faire avec des gens qu'on respecte, en s'amusant, en créant des trucs dont on est fiers.
Si t'es arrivé jusqu'ici et que tu te dis "ouais, c'est exactement comme ça que je veux travailler," alors bienvenue chez TANSE.
On est sur la route ensemble.
Et on répond les uns des autres.
Rayane
Fondateur, TANSE
Janvier 2026